A l'heure où je découvrais la pratique du foot (années 92-93), j'étais fan de ce très bon joueur, véritable n°10 comme il en est rare aujourdh'ui, et c'est en toute simplicité qu'il a accepté de nous recevoir avec Aline, webmastrice de passion-malherbe.com pour l'interview suivante :
« Malherbe, mon club de coeur »
Stéphane Dedebant fait partie de ces joueurs emblématiques, qui ont marqué l'histoire du Stade Malherbe de Caen. L'ancien meneur de poche, qui gère aujourd'hui une maison de la presse à Ouistreham, a passé cinq saisons sous le maillot malherbiste, les plus belles de sa carrière à ses yeux. Après avoir tourné définitivement la page du ballon rond, il revient pour nous sur ses années caennaises, le foot actuel et les difficultés du Stade Malherbe, club qu'il continue de suivre avec attention.
« Mes débuts étaient assez intéressants »
L'année où vous rejoignez le Stade Malherbe, après six ans passés au Matra Racing, vous êtes appelé en équipe de France militaire.
Oui, je devais faire mon service donc j'ai rejoint le bataillon de Joinville avec Roger Lemerre tout en intégrant le Stade Malherbe. Il y avait de grands joueurs, Fabien Barthez, Anthony Bancarel et d'autres. Les meilleurs joueurs du moment et de ma génération étaient là. On a participé aux qualifications pour la Coupe du Monde militaire qui se déroulait en juin 1993. On a qualifié la promotion suivante, c'est dommage, mais c'est comme ça !
Pourquoi avez-vous choisi de venir au Stade Malherbe ?
J'avais le choix entre ce club et le Paris-Saint-Germain. J'ai opté pour Malherbe car j'avais plus de chances d'y jouer. Pour un jeune, c'est plus facile d'intégrer un club comme Malherbe que comme Paris ! Je voulais simplement jouer, apprendre le haut-niveau puisqu'au Matra je n'évoluais qu'en troisième division.
Vous êtes également sélectionné en équipe de France A'. Votre carrière s'annonce bien.
Effectivement, en fin de saison 92-93 j'ai rejoint l'équipe de France A'. Ça s'est super bien passé, il n'y avait vraiment aucun problème.
Vous pouviez avoir de belles ambitions avec ce très bon début de carrière.
C'est vrai que mes débuts étaient assez intéressants. C'était super. Le club était très bien, on avait des résultats assez bons.
J'ai lu sur un site Internet qu'on vous avait oublié avant un match de préparation. Racontez-nous cela.
C'était à mes débuts avec Malherbe, en Allemagne je crois. On était à l'hôtel et l'équipe est partie sans moi ! J'ai dû me débrouiller pour les rejoindre au match, en ne parlant pas un mot d'allemand ! Il y avait eu une erreur de comptage, je devais être en retard.
Malheureusement, vous vous êtes gravement blessé lors de votre deuxième saison à Caen : rupture du ligament croisé.
Oui. Ça fait partie d'une carrière de footballeur. Il y en a qui sont épargnés, d'autres non. C'était un coup d'arrêt dans ma progression car cette blessure intervenait en début de saison (93-94) alors que j'avais super bien commencé. Ça a été difficile à vivre sur le coup. J'ai été arrêté un peu moins de six mois puisque j'ai repris très tôt, peut-être même un peu trop tôt. Je suis revenu en fin de saison. Les saisons suivantes ont été plus dures. Malherbe a eu des résultats un peu plus difficiles.
Est-ce qu'il y a eu un avant et un après ?
(Hésitant) Oui. Il y a eu un avant et un après, on peut le dire comme ça. Je n'ai pas retrouvé les mêmes sensations. Je n'avais plus de problème au genou mais quelque chose s'était cassé. J'avais récupéré un niveau intéressant, mais pas le « plus » qui pouvait faire la différence avant. Ce n'est pas facile à expliquer. Je n'ai peut-être pas retrouvé la tonicité que j'avais avant au niveau musculaire.
« A Venoix, il y avait une ambiance spéciale et des matchs de folie »
Quelle était l'ambiance au Stade Malherbe à cette époque, quand il avait acquis un certain statut en jouant la coupe d'Europe ?
C'était une super ambiance. On avait un groupe super sympa. Il y avait de très bons joueurs, tout allait pour le mieux.
Quelles étaient vos relations avec Daniel Jeandupeux, qui n'a pas toujours fait l'unanimité ?
Elles étaient très bonnes. C'est un entraîneur que j'apprécie, surtout au niveau conception du jeu. En ce qui concerne les rapports humains, c'est autre chose.
En 1993, vous avez déménagé, passant de Venoix à d'Ornano. Quel était votre stade préféré entre les deux ?
Venoix, c'était quelque chose de particulier, plus familial. Il y a avait une ambiance géniale et des matchs de folie. On n'a pas forcément retrouvé ça à d'Ornano, même si c'est un superbe stade. Il y a pas mal de gens qui sont nostalgiques de Venoix, mais il fallait passer à autre chose. C'était un passage obligatoire pour le club.
En 94-95, l'équipe est reléguée malgré l'arrivée de la star Kenneth Andersson.
Malheureusement, oui. C'était une mauvaise saison. Les joueurs qui sont arrivés n'ont pas forcément été à la hauteur. Il y avait beaucoup d'attentes autour d'Andersson. Il ne s'est pas forcément acclimaté. Ça arrive souvent ce genre d'échec. Cependant, l'entente était bonne, il n'y a pas eu de clash particulier.
Je décide de rester un petit peu forcé puisque le club ne voulait pas que je parte. Il y avait aussi un projet sportif intéressant. On fait ensuite une saison formidable en décrochant le titre de champion de D2 en 1996.
L'équipe ne reste qu'un an en D1 avant de redescendre en D2. Vous quittez le club : pourquoi ?
Il fallait que ça change. J'avais envie de voir autre chose. J'ai signé à Châteauroux où j'ai passé une très mauvaise saison. Je n'ai joué qu'une dizaine de matchs, le reste du temps j'étais blessé. Une catastrophe ! C'était un bon petit club mais qui n'avait pas forcément le budget de se maintenir en D1. On est descendus.
Quel bilan tirez-vous de vos cinq saisons passées à Caen (164 matchs, 13 buts) ?
J'ai gardé un très bon souvenir de Malherbe. Les meilleurs souvenirs de ma carrière, c'est là que je les ai engrangés. C'est sans conteste mon club de coeur ! C'est pour ça que je me suis réinstallé dans la région après ma carrière.
Quel est votre meilleur souvenir avec le Stade Malherbe ?
Il y en a plusieurs. Les matchs de coupe d'Europe, c'était quand même particulier, ça reste un grand souvenir. À l'aller, à Venoix, j'étais remplaçant mais j'étais rentré en cours de match. À Saragosse, j'étais titulaire et j'avais fait tout le match. C'est un bon souvenir même si on s'était fait voler la qualification (victoire 3-1 à l'aller, défaite 2-0 au retour).
Vous êtes un joueur qui a marqué les supporters.
Oui, j'ai toujours eu de très bonnes relations avec eux. J'ai toujours donné le maximum sur le terrain.
« J'ai fait une carrière moyenne »
Vous avez terminé votre carrière en Écosse ?
Non. J'ai passé trois ans à Sochaux et j'ai arrêté ma carrière. Ah si, je suis allé en Écosse, mais seulement pour faire des essais.
Vous avez arrêté votre carrière à 31 ans, c'est jeune, non ?
Oui, mais c'est un choix personnel. J'aurais pu jouer en National mais je n'avais plus l'envie nécessaire. Une carrière moyenne de footballeur est à mon avis plus proche des cinq ans que des dix ans. Je suis au-dessus de la moyenne puisque j'ai été pro dix ans.
Est-ce que vous avez des regrets sur votre carrière ?
Pas forcément. J'ai toujours donné le maximum. J'ai fait une carrière moyenne. En revanche, j'ai beaucoup de satisfactions. J'ai exercé un métier formidable, qui m'a donné la possibilité de jouer devant 20 000, 30 000 personnes. C'est quand même fabuleux.
Vous n'avez pas de regrets, mais quand vous étiez jeune, est-ce que vous envisagiez mieux que ce que vous avez fait ?
Forcément ! S'il y avait éventuellement un regret, ce serait ma blessure. Mais il y a plein de joueurs qui se blessent. Si je n'avais pas eu cette blessure, ma carrière aurait peut-être été différente.
Est-ce difficile de gérer l'après-carrière ?
Pour moi personnellement, non. J'avais envie de reprendre un commerce, ce que j'ai fait, et c'est moi qui ai décidé d'arrêter. Mais je peux comprendre que ça ne soit pas facile de passer de l'état de demi-dieu à celui d'anonyme ! Il y a des joueurs qui ne prévoient pas leur fin de carrière, qui n'ont pas de diplôme. On gagne beaucoup d'argent durant notre carrière, mais si on n'a pas la tête sur les épaules pour mettre de côté et prévoir l'avenir, ça peut être un choc important. Moi, j'ai passé mon bac quand j'étais au centre de formation et j'ai pu reprendre des études de gestion après ma carrière. J'ai ce magasin depuis quatre ans. Je ne resterai pas toute ma vie dans mon commerce, mais je ne sais pas encore ce que je ferai. C'est une première expérience. On verra ce qu'il en sera à l'avenir.
Avez-vous gardé des contacts avec des anciens du Stade Malherbe ?
Oui, de temps en temps. J'ai quelques copains, mais c'est un milieu spécial. Les joueurs changent rapidement de club donc il n'y a pas de relations de longue durée. On se perd vite de vue. Ça n'empêche pas pour autant de se faire des vrais amis dans ce milieu ! Je revois de temps en temps le président Jean-François Fortin et je fais du golf avec Franck Dumas. Il est parti de Caen au moment où je suis arrivé mais je l'ai connu en équipe de France A'.
Concernant l'après-carrière, beaucoup se reconvertissent dans le foot. Pas vous, pourquoi ?
Ça ne m'a jamais intéressé. Je n'avais pas envie de rester dans le foot. J'avais envie de changer complètement. Peut-être que je ne me sentais pas très à l'aise dans ce milieu. Entraîneur, ça ne m'intéressait pas. Éventuellement avec les jeunes, mais ce n'est pas évident d'en faire son métier. Je n'avais pas la vocation.
Est-ce qu'il y a un joueur qui vous a marqué ?
Oui, ne serait-ce qu'à Malherbe, il y avait Xavier Gravelaine quand il était à son top-niveau. Dans les joueurs actuels, il y en a des très bons, comme Messi, qui est extraordinaire.
« Ce serait un choc si Malherbe descendait »
Quand vous êtes revenu à Ouistreham, vous avez joué avec l'équipe en CFA 2. Jouez-vous encore aujourd'hui ?
Non, j'ai complètement arrêté le foot. Je joue dans le jardin avec les enfants !
Est-ce que vous allez voir jouer le Stade Malherbe ?
J'essaie d'y aller de temps en temps mais l'horaire actuelle ne m'arrange pas comme je travaille jusqu'à 19 heures 30.
Que pensez-vous de la saison du Stade Malherbe ?
C'est une saison difficile. Elle n'avait pas trop mal commencé mais le club a toujours des problèmes en milieu de saison. Ça va être dur jusqu'au bout. Le Stade Malherbe est en danger, il n'est qu'à un point de la zone de relégation. Il est dans un engrenage, la confiance n'est pas là, dès qu'on prend un but, on plonge. Il va falloir se battre jusqu'à la fin de la saison. J'espère qu'ils vont se maintenir. Ça serait un gros choc s'ils descendaient, surtout vu leurs ambitions de début de saison. C'est un club qui a un potentiel énorme.
Que pensez-vous du foot actuel par rapport à celui de votre époque ?
Ça n'a pas beaucoup changé au niveau du foot en lui-même. Par contre, c'est encore plus médiatisé, il y a encore plus d'argent... Et l'attitude de certains joueurs a changé. Un jeune joueur qui fait deux matchs et marque un but, c'est tout de suite un dieu. À notre époque, ce n'était pas forcément comme ça.
On entend parfois dire que le monde du foot est pourri par l'argent, la médiatisation, l'égocentrisme des joueurs. Y a-t-il une part de vrai là-dedans selon vous ?
Oui, il y a une part de vrai. Après, on donne de l'argent aux joueurs, il ne vont pas le refuser ! Ce n'est pas forcément de leur faute s'il y a tant d'argent qui circule dans le foot. L'argent monte à la tête. On gagne de plus en plus d'argent et de plus en plus jeune. Or plus on est jeune, moins on est réfléchi. C'est ce qui peut choquer. À mon époque, le salaire moyen devait tourner autour de 15 000 euros. En quinze ans, ça a été multiplié par trois.